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CONGO: Bertin Mampaka réagit

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Je souhaitais que les élections congolaises se passent dans la transparence et le calme. Aujourd’hui, je ne peux cacher ma souffrance, mon indignation et ma profonde tristesse face à la tournure des événements.


Je ne peux rester indifférent face aux nombreuses irrégularités qui ont caractérisé ces élections. Encore moins face aux terribles images d’hommes brûlés, de femmes violées qui inondent ma boite aux lettres. Ce qui devait être l’achèvement d’un processus démocratique se termine en mascarade électorale, en agressions, en disparitions et en exactions. Ces faits sont révoltants, écœurants et inhumains. C’est l’image du Congo, des congolais mais aussi de toutes les personnes d’origine subsaharienne à travers le monde qui est entachée.


Rappelons que le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'Homme (BCNUDH) a documenté 188 violations des droits de l'homme en période pré-électorale. Rappelons les rapports critiques de la Fondation Carter et de la mission d’observation de l’Union Européenne dénonçant les nombreuses irrégularités. Rappelons les prises de position de la France et du Sénat américain. Rappelons les déclarations de Monseigneur Monsengwo. Au vu de ces éléments, il est difficile de prétendre aujourd'hui que les résultats des urnes sont crédibles.


Je comprends les voix qui s’élèvent contre les fraudes électorales, mais je tiens à condamner les violences perpétrées à Matonge par des groupuscules minoritaires commandités par les vrais ennemis de la démocratie. Le vandalisme et les vols dont nos concitoyens commerçants ont été victimes sont inacceptables. Cette minorité de casseurs barrent le chemin de la plupart des Congolais qui veulent manifester de manière pacifique. Au moment où certains dirigeants dans l’espace de l’Union Européenne sont en train de banaliser des propos racistes, xénophobes et antisémites ; au lendemain du drame de Liège qui a suscité des élans de racisme, ces incidents ternissent l’image de toutes les personnes d’origine subsaharienne. Est-ce le prix que nous devons payer pour revendiquer la démocratie en République Démocratique du Congo ?


Je condamne fermement toutes formes de violence, tant au Congo qu’en Belgique.La non-violence est une arme puissante et juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l'homme qui la manie. C'est une épée qui guérit” disait Martin Luther King qui nous a prouvé qu’il était possible de mener une lutte pour les droits civiques de manière pacifique. Aujourd’hui, j’invite ceux qui partagent mon indignation à retrouver la sérénité nécessaire à la résolution de cette crise. Si pour certains tous les moyens sont bons pour arriver à leurs fins, personnellement je préconiserais le moins coûteux en terme de vie humaine, de dégâts matériels et d’image pour la diaspora.


Ce qui s'est passé dans les rues de Bruxelles est une atteinte à la légitimité des revendications fondées du peuple congolais. Mais aussi l’écroulement de mes rêves et du combat que je mène depuis tant d’années pour le respect de la diversité culturelle en tant qu’élu d’origine allochtone. Tout en comprenant la tentation de céder aux sirènes des mouvements nationalistes, il est important de faire la part des choses entre les acquis engrangés au sein de la société belge par les allochtones et les problèmes de politique internationale de la Belgique. Les menaces et chantages adressés aux élus issus des minorités sont déplorables et injustes. Au même titre que la récupération politique par des partis avides de voix. Alors que six millions de personnes sont décédées au Congo, que des épurations ethniques ont eu lieu au Katanga, que d’autres sont en préparation, j’estime qu’il est indécent et cynique de faire la course aux voix en récupérant grossièrement un drame humain.


Toute crise politique ne peut se résoudre que par la concertation, la négociation et le compromis. C’est pourquoi je soutiens à 100% la position de mon collègue et ami, Député fédéral, Georges Dallemagne qui a interpellé le Ministre des Affaires étrangères. La Belgique doit soutenir un recomptage des voix sur base des PV initiaux, sous observation tant nationale qu’internationale, afin de confirmer ou infirmer le résultat des urnes. Comme Georges Dallemagne l’a dit, « c’est d'ailleurs l'appel de plusieurs organisations, dont la MONUSCO, la Conférence épiscopale, et d'autres observateurs comme International Crisis Group.(…) Ce processus pourrait être terminé en quelques semaines et pourrait accroître considérablement la légitimité du résultat des urnes. » Il en va de l’intérêt du pouvoir et de l’opposition de procéder à ce recomptage car tout passage en force sera dommageable pour l’avenir du Congo et du régime qui sera mis en place.


Pourquoi ne pas aller jusqu’à envisager un second tour? Une observation tant nationale qu’internationale depuis le début du processus de vote jusqu’à la fin permettrait de crédibiliser les résultats et de récupérer un processus auquel tout le Congo a adhéré de manière remarquable. Il serait regrettable que les espoirs des 32 millions d’électeurs inscrits soient bafoués de manière si grossière.


La Belgique, dont la responsabilité morale et historique ne peut être ignorée, doit user de son poids pour inscrire à l’ordre du jour de l’agenda européen une initiative de médiation. Notre pays a un rôle primordial à jouer afin d’éviter que d’autres personnes soient victimes d’exaction, de brutalité, de violation des droits de l’homme, de disparition, afin d’arrêter le bain de sang, afin d’éviter le scénario ivoirien ou rwandais sans oublier celui des élections de 2006. Nous avons le devoir de réagir pour assurer la stabilité tant en RDC que dans nos rues.


Il en va de l’avenir du Congo et de ses 71 millions de citoyens avides de respect, de progrès social et de liberté. Il en va de l’avenir de nos relations avec le pays le plus peuplé de la francophonie devant la France, mais aussi le quatrième pays le plus peuplé d'Afrique. Pays appelé, s’il est bien géré, à devenir un pôle de développement pour l’Afrique et un partenaire économique privilégié de l’Europe et plus particulièrement de la Belgique.


Bertin MAMPAKA

Vice-président du Parlement bruxellois

Echevin de la Solidarité internationale, des Sports, de l’Environnement, de l’Energie, des Espaces verts et de l’Equipement communal de la Ville de Bruxelles.

 

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